au-delà du lac

atterrissage

Mon regard se pose, et j’observe sa tentative, de se déposer comme cela sans en avoir l’air, sur mes objets, eux aussi immobiles, au hasard de mes trouvailles et maintenant qui, arrivés là, un peu comme moi, rescapés et proches à réussir, mon atterrissage.

Avant tout, il s’agit d’un regard planant grâce au rajout des ailes. J’imagine que cela ressemble à un oiseau, de taille moyenne. Sa vision est le regard que je jette, suspendu, scrutateur, s’érigeant suivant les soleils d’un espace figé.

Ses ailes sont bien ouvertes, mais rassurez-vous, il évitera l’abat-jour liberty et le porte-pipes. Je n’ai jamais vraiment fumé, je faisais semblant pour l’odeur.

Mais revenons à ses ailes qui lui permettent de planer et de voir sous d’autres perspectives, et sans miroirs où il pourrait s’écraser, et mourir, car qui ne se souvient pas de l’oiseau en vol qui meurt contre le verre, attiré par son reflet.

Part et vient, encore un tour circulaire, avant le repli des ailes et le toucher, prendre position, pas toujours la bonne, en équilibre.

Voilà, il s’est posé et fixe ce vieux livre que je n’ai encore ouvert. Ce premier envol l’incite à repartir. L’essor reprend, élan facile, léger. Ses ailes déployées glissent sans ombres.

À propos de l’ombre des ailes, j’ai plusieurs théories, mais elles aussi coulent du puits de ma mémoire…

Je disais, ah oui, les ailes de mon regard, moteur sans bruit, d’un vol lumineux, sans l’ombre des cils.

Son vol s’appuie, frôle sans heurt, l’air du temps qui passe, sans grand frémissements et longueur pour ce qui est court, fragile.

Ses ailes bien ouvertes remuent le moins possible, en effet plus dense, l’air pensé se prête, à cette voltige des plumes, à sa caresse, mon regard sur mes objets, eux aussi immobiles, délaissés, mais soutiens utiles, futiles parfois, arrivés là, un peu comme moi, rescapés et proches à réussir, mon atterrissage.

*


Survole sans hâte, au retour impossible, la poursuite de l’ellipse silencieuse.

Laisse à l’aigle, l’abrupt des roches, et à la mouette les vagues des océans, mon regard coure ci-présent, au sein d’un espace ordinaire, lui aussi, parsemé d’écueils.

Part, revient. Encore un jour annulaire, avant le défit, fidèle, du toucher, pour étendre l’intuition, pas toujours la bonne, de la pensée libre.

Mais la pensée rejoint-elle ce regard qui s’impose ? Ou bien est-ce l’objet, et sa perspective, qui la suscite ? Sans cette double vision, mon regard reste aveugle, rien ne l’émeut, au contraire décline.

Ferme les yeux, voyageur ébloui, aux ombres rougies, par volées solitaires. Mes ailes portent, la tendresse d’un regard, sur l’ensemble de mes souvenirs. Et toujours, tourne, sans atterrir, ni ralentir… la séquence répète, dans un battement, vers l’objet, l’appel suivant.

Que dire de ces objets écueils, immatériels, qui jonchent mon ciel ?

Seuls le rayon d’un regard perçant et ses ailes comme radars alliés permettent de les reconnaître.

Il y aurait beaucoup de choses à raconter, sur la qualité, l’expertise de la voilure et cette sensation d’éviter le pire. En effet, comment pourraient-elles survivre à une collision, même imaginaire, contre l’objet plus noir, l’objet mauvais, dans un vol de nuit ?

Ses ailes brisées, mon regard ricocherait sur les murs, et plongerait dans l’abîme, de la mission impossible.

D’où l’importance des ailes…

Ferme les yeux, l’angoisse oublie, même au seuil du précipice. Ses ailes maintiennent l’envergure stable, bientôt amorcent ce glisser profond qui suit le regard, s’élèvent ensuite, poussées par ces riens, ma pensée anime.

Son vole efface, bricoles, rancoeurs, du temps qui passe, sans grands frémissement et longueur pour ce qui est tendu, subtil.

Aboutir, arriver quelque part, y trouver un sens : pour atterrir il faut mesurer la destination, ou l'envie qui découvrant plus d’une ombre à ce regard réveille l’été assoupi.

Ses ailes bien ouvertes remuent le moins possible, en effet plus dense, l’air pensé se prête, à cette voltige des plumes, à sa caresse, mon regard sur mes objets, eux aussi immobiles, délaissés, mais soutiens utiles, futiles parfois, arrivés là, un peu comme moi, rescapés et proches à réussir, mon atterrissage.

@audeladulac


11/04/2012 - atterrissage



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